Déracinée

Après 8 ans et 2 enfants en Bretagne, avec Maxi on a voulu revenir « chez nous » en Normandie. Ça fait 1 an et demi maintenant qu’on est installés dans mon village d’enfance, celui qui m’a presque vu grandir mais surtout devenir adulte. On pensait naïvement, que ce retour aux sources nous serait salvateur et réparerait la tribu qui prenait l’eau. Malheureusement, le lieu ne change pas grand chose aux actes et la Tribu a continué à prendre l’eau jusqu’à l’inévitable.

Ça fait maintenant 6 mois que nous sommes séparés et, comme à chaque changements importants de ma vie, je suis dans cette ville, comme si elle était ma case départ, essentielle à mon avancée. Peut être qu’elle me rassure car toujours là malgré les années, malgré l’absence. J’ai du y croire, car je pensais faire ma vie ici, quoi qu’il advienne. Que mes enfants feraient leur scolarité avec les mêmes camarades de classe toute leur vie, qu’eux aussi connaîtraient ces rues par cœur à force de les sillonner à vélo (avant de réaliser que je ne les laisserai jamais faire du vélo seuls dans ces rues bien trop fréquentées)

Mais hier tout a changé. Hier, j’étais seule à la maison (si tu me suis sur les réseaux sociaux, tu sais que c’est ma semaine #homealone) je faisais de l’administratif qui nécessitait un passage à la Poste entre autres. Hier donc, pour des raisons banales mais habituelles, je me suis promenée dans ma ville, dans des rues que j’avais pris mille fois pour aller dans des endroits connus par cœur et j’ai réalisé. Je ne reconnaissais rien, tout avait changé, tellement. L’évidence me frappait soudain : je vivais dans un souvenir, le doux souvenir de ma jeunesse insouciante sans peur ni attente. J’ai continué ma balade dans ces lieux que je pensais familiers, dans cette rue où j’ai vécu qui a maintenant changé de sens de circulation. Cette rue où de délicieux souvenirs se cachent à chaque coin mais où plus aucune enseigne ne me parle. Où les quelques noms familiers arborent un panneau « bail à céder ». Mais qui a bien pu vendre mon adolescence en mon absence ?

Et me voilà, seule face à l’immensité de la Manche (seule constante dans ce patelin) trentenaire, avec 2 petits bretons dans mon cœur, étrangère en cette ville qui fut la mienne, étrangère en cette vie qui fut la mienne. Les rues ont changées, les vieilles maisons ont laissé place à des immeubles, les commerces ont fermés, les gens ne sont plus les mêmes et certainement j’ai changé. Je suis ici « de retour à la case départ » encore mais cette fois je ne m’y sens pas chez moi, cette fois je suis déracinée.

Alors je vais prendre mes rêves et en faire mon avenir, et quand je douterai je rêverai plus fort, et quand je serais perdue je rêverai encore, et avec tout ça je me tricoterai de nouvelles racines, plus belles, plus vraies, rien qu’à moi, à eux,  à nous.

déracinée

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